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Être soi
(N'est pas donné à tout le monde)
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Voici le récit que fit un ami commun à Paul et son psychanalyste : Un jour qu'il déambulait à Paris, il rencontra dans le métro une jeune femme handicapée, et tout de suite sympathisèrent. Ils se dirent beaucoup de choses, et se promirent de se revoir. Mais, comme ils descendaient à la même station, une fois revenus à la surface ils se regardèrent gênés, et se firent leurs adieux, car ils n'avaient plus rien à se dire. « Dans ce métro, dit le psychanalyste, tu as rencontré ta féminité châtrée par ta mère. » Que croyez-vous qu'il advint ? Paul et le psychanalyste furent mis à la porte par l'ami commun. En me racontant cette histoire, Paul avait son petit sourire en coin, car pour lui elle disait bien l'aspect trublion et dérangeant de la psychanalyse, qui le faisait frissonner d'aise. « Mais voyons » - lui dis-je - « tout cet onirisme n'a rien à voir avec la théorie freudienne. J'y vois quant à moi l'expression d'un archétype Neptunien, d'ailleurs incomplète car vécue passivement. Le métro, comme tous les souterrains, est une représentation des ténèbres. Cet homme tombe amoureux d'une femme par la révélation qu'il a d'elle à travers son handicap. Il accompagne cette femme jusqu'à la sortie des ténèbres, mais il se trouve incapable de la concevoir hors des ténèbres, au soleil printanier. C'est un archétype Neptunien, embryonnaire car il ne l'a conduite ni ne l'assume, se contentant de l'accompagner, mais qui n'a rien à voir avec la construction oedipienne de Freud. » Ce n'est que bien plus tard, spontanément, que Paul m'a raconté l'histoire de cet homme. Effectivement, lui et sa femme ne pouvaient plus vivre ensemble, et ils ont divorcé, une fois que la psychanalyse eût réorienté de celle-ci les névroses. « D'ailleurs - ajouta Paul parlant de son ami - je vais lui rendre tous les cadeaux qu'il m'a faits. » Conception bizarre de la trahison. Mais le lendemain même de mon intervention intempestive, dont, entre parenthèses, je ne suis pas peu fier, Paul présentait le visage des grands catastrophés. Bouffi comme les noyés, écorché vulnérable. Il me dit ce jour-là qu'avant de s'endormir il avait lu la Bible, et qu'il avait interprété je ne sais plus quelle parole ou rêverie de Joseph comme un désir de meurtre envers l'enfant Jésus encore à naître. Je pense que ce nouveau fantasme l'aurait assassiné lui si j'en avais immédiatement percé le sens. Il s'avéra par la suite que l'inconscient s'accommodait souvent mieux d'autres analyses que freudiennes, et ce désir de meurtre parental, comme Ouranos et Chronos craignant d'être par eux déposés du trône dévoraient leurs enfants, revint obsessionnellement dans son interprétation des actes et des rêves. Le temps passe et peut se conjuguer au présent. Paul, ardent analysant, analyse sur le divan les prénoms de ses frères défunts. Il pense que le petit enfant s'identifie à son phallus, et de citer en exergue une phrase de Paul Claudel sur la croissance, "le temps pour un peuplier (dans le sens où il l'entend lui, organe populateur) de grandir". Claude jouait à s'appeler Reine-Claude, et Jacques Coquille Saint-Jacques. Claude devenu adulte s'est marié avec Irène pour reformer le couple Irène-Claude, pendant que Jacques se retirait dans sa coquille au séminaire. S'agit-il de les écraser post mortem ? Espiègle, je cherche à quel jeu on pourrait pareillement jouer avec Paul. Et il m'apparaît que je ne connaissais pas ce prénom, que je le découvre pour la première fois : s'il vient de Saül ou du latin paulus qui veut dire je ne sais quoi, il invoque une racine, sans doute pallus, commune à phallus et à palud, commune jusque dans le signe du Scorpion que les astrologues associent tant au phallus qu'au marécage. D'ailleurs, ce phallus : - se prénomme Popaul en argot - se dit pau (le bois) en argot brésilien - obsède Paul Pauley, dit Pau-Pau, dans un roman de San-Antonio - est confronté à une vierge dans le titre d'un roman romantique célèbre - et j'en connais bien d'autres comme ça. Après quoi Paul me taira tout de sa psychanalyse. Ce n'est guère surprenant : j'ai cru un jour parler avec le crucifix mural seul dans la chambre d'une défunte, avant de m'apercevoir qu'il y avait une punaise sur le volet fermé, puis que les volets étaient littéralement infestés de punaises. |
| En complément de réflexions sur le sujet : |
Le Diable dans son cuir Jésus-Christ et autres contes |
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